Attention revente illégale
- Interdiction générale : la revente d’électricité achetée à un fournisseur à des locataires est généralement prohibée et risque des sanctions.
- Risques juridiques : une revente non autorisée expose à requalification, sanctions administratives, actions civiles et responsabilités techniques coûteuses et incidents.
- Solutions conformes : privilégier sous-compteurs, autoconsommation encadrée ou vente de surplus et facturation de prestations justifiées, formalisées dans le bail.
Le principe général en droit français interdit la revente d’électricité fournie par un fournisseur à un tiers non autorisé. Cela signifie qu’un propriétaire bailleur ne peut pas, en pratique, acheter de l’électricité auprès d’un fournisseur et la revendre à ses locataires comme s’il était un fournisseur d’électricité. Cette règle vise à garantir la sécurité juridique du marché de l’électricité, la protection des consommateurs et la bonne application des obligations techniques et tarifaires qui incombent aux fournisseurs agréés.
Le cadre légal et les risques en cas de revente illégale
Le droit de l’énergie encadre strictement les activités de fourniture et de revente d’électricité. Si un bailleur se livre à une revente non autorisée, il s’expose à plusieurs risques : requalification de l’activité en fourniture d’énergie sans agrément, sanctions administratives, mise en demeure par le gestionnaire de réseau, voire actions civiles de la part des locataires pour facturation abusive. Au-delà des sanctions, la complexité technique et réglementaire (obligations de sécurité, relevés, responsabilité en cas d’incidents) rend l’opération imprudente sans cadre dédié.
Alternatives légales pour répartir ou valoriser la consommation
Heureusement, il existe des solutions conformes permettant au bailleur de répartir les coûts de l’énergie ou de valoriser une production d’électricité sans tomber dans la revente illégale :
- Installation de sous-compteurs individuels : lorsqu’un immeuble est alimenté par un compteur collectif, installer des sous-compteurs pour chaque logement permet d’attribuer précisément la consommation et de refacturer les charges au prorata. Il faut que l’installation respecte les normes et soit réalisée par un professionnel qualifié, et que le bail mentionne la méthode de répartition.
- Autoconsommation individuelle ou collective : pour des installations photovoltaïques, l’autoconsommation permet d’utiliser directement la production sur place. L’autoconsommation collective, encadrée par la réglementation, autorise plusieurs occupants d’un même bâtiment à partager la production selon des règles prévues contractuellement et techniquement.
- Vente du surplus : si le propriétaire est producteur (par exemple panneaux solaires sur la toiture), il peut vendre le surplus de production à un acheteur agréé via un contrat d’achat encadré (tarifs d’achat ou offres de marché). Cette vente concerne le producteur, pas la revente d’électricité achetée pour la consommation des locataires.
- Prestation technique ou forfait de charges : plutôt que de revendre l’électricité, le bailleur peut facturer une prestation (entretien des installations, gestion des compteurs) ou un forfait de charges prévu au bail, à condition que cette facturation corresponde à des charges récupérables et soit justifiée par des éléments comptables ou des relevés.
Comment procéder concrètement pour rester en conformité
Avant toute mise en place, il est recommandé de respecter les étapes suivantes : réaliser un diagnostic technique du système d’alimentation, consulter le gestionnaire de réseau (Enedis ou équivalent) pour les aspects de raccordement et de comptage, obtenir des devis d’installateurs qualifiés (RGE pour certains travaux), et adapter le bail pour préciser les modalités de répartition des charges ou la nature des prestations facturées.
Les pièces et démarches fréquemment exigées ou utiles sont : les plans électriques et certificats de conformité, les contrats d’achat ou de maintenance, les factures détaillées et relevés de sous-compteurs, la correspondance avec le gestionnaire de réseau, et une information claire des locataires par courrier ou annexes de bail. Conserver ces documents permet de se prémunir en cas de contrôle ou de litige.
Points pratiques et rédaction du bail
Dans le bail, il est essentiel d’indiquer précisément ce qui est remboursable par le locataire : charges locatives, modalités de calcul et périodicité des relevés. Si des sous-compteurs sont installés, la clause doit expliquer le mode de relevé, l’éventuelle majoration pour frais de gestion et la fréquence de mise à disposition des justificatifs. Pour une prestation facturée, décrivez la nature de la prestation et fournissez les justificatifs correspondants (contrats, factures, relevés).
Conseils finaux et ressources
Les situations peuvent varier selon la configuration de l’immeuble et la présence ou non d’une production d’électricité. Il est donc prudent de solliciter l’avis du gestionnaire de réseau, d’un installateur RGE et, en cas d’incertitude juridique, d’un avocat spécialisé en droit de l’énergie ou en droit immobilier. Ces interlocuteurs vous aideront à choisir la solution la plus sûre et la mieux adaptée à votre situation.
En résumé : la revente « brute » d’électricité achetée à un fournisseur à des locataires est déconseillée et souvent interdite. Préférez des solutions techniques et contractuelles conformes (sous-compteurs, autoconsommation encadrée, contrat d’achat pour le producteur, facturation de prestations justifiées) et formalisez toujours les modalités dans le bail avec des justificatifs. Cela protège à la fois le bailleur et les locataires et évite des recours administratifs ou judiciaires.








